Chardon à glu

Le chardon à glu, c’est quoi ?

Le chardon à glu (Carlina gummifera L.) est une plante herbacée vivace de la famille des Asteraceae. Il possède un volumineux rhizome pivotant et charnu, long de 30 à 40 cm. Il possède des feuilles, profondément découpées en lobes piquants, groupées en rosette à ras du sol. Les fleurs roses sont groupées en capitules entourés de bractées hérissées d’aiguillons. Après la fructification, un latex blanc jaunâtre (glu) exsude à l’aisselle des bractées.

Cette espèce typiquement nord africaine (Tunisie, Maroc et Algérie) est présente dans tous les pays du bassin méditerranéen.

Quel est la partie toxique du chardon à glu ?

Toutes les parties de la plante sont toxiques. La racine renferme la plus grande teneur en principes toxiques suivie de la tige, des bractées, de la fleur, de la graine et enfin la feuille qui en contient le moins. Le latex qui exsude de la plante est également toxique.

Les principes toxiques sont deux hétérosides diterpéniques bisulfatés : l’atractyloside et la carboxy-atractyloside (gummiférine). La quantité de principes toxiques varie de 0,12 à 1,57% selon la provenance et la saison.

Comment survient l’intoxication au chardon à glu ?

Une dose de 100 g de racine de chardon à glu fraîche en infusion ou prise en nature, serait mortelle pour un adulte.

La plupart des intoxications sont accidentelles et rarement criminelles. La racine du chardon à glu peut être confondue avec d’autres plantes comestibles comme l’artichaut sauvage (Scolymus hispanocus L.). Le latex sécrété par le chardon à glu peut être aussi utiliser par les enfants comme chewing-gum et provoquer une intoxication.

La racine du chardon à glu est utilisée en médecine traditionnelle et on la trouve facilement chez les herboristes au Maroc, Tunisie et Algérie. En effet, la racine desséchée est utilisée pour arrêter les hémorragies et pour provoquer les vomissements. Les femmes enceintes respirent de la fumée du chardon à glu brûlé pour faciliter leurs accouchements. On utilise également la racine du chardon à glu pour guérir les œdèmes les crises d’épilepsie. En fumigations, on l’emploie dans le traitement des rhumes, des vertiges, des céphalées et des paralysies.

L’intoxication peut survenir dans un contexte d’empoisonnement criminel. Dans ce cas  le poison peut être administré seul ou associé à d’autres toxiques.  Les intoxications criminelles dues au chardon à glu sont, dans l’immense majorité des cas, mortelles. Leur méconnaissance par les cliniciens, leur évolution rapide et leur fréquence sont à l’origine de problèmes médico-légaux qui ne trouvent leur solution que par la mise en évidence, post-mortem, des agents responsables, l’actractyloside et le carboxy- actractyloside.

Quels sont les effets du chardon à glu ?

L’atractyloside et la carboxy-atractyloside sont des poisons mitochondriaux. Ils inhibent, en se liants à la phosphoryl transférase, le transport des nucléotides phosphorylés (ADP et ATP) à travers la membrane mitochondriale. Cet inhibition empêche la phosphorylation oxydative et les réactions du cycle de Krebs et perturbe la respiration cellulaire.

Le tableau clinique complet d’une intoxication au chardon à glu associe des troubles digestifs, neurologiques et hématologiques. Mais il existe aussi des formes d’intoxication légères avec un tableau clinique essentiellement digestif suivi d’une disparition rapide des troubles.

Les symptômes sont précédés par une phase de latence de 6 à 24 heures et même 36 heures avant l’installation du tableau clinique.

La phase symptomatique est dominée par des troubles gastro-hépatiques représentés par des nausées et des vomissements.  Les selles sont diarrhéiques, noirâtres et liquides. Les études histologiques ont mis en évidence une hépatite fulminante avec nécrose hépatocellulaire majeure. Les troubles neurologiques qui signent déjà un pronostic sombre peuvent aller jusqu’au coma qui s’accompagne de contractures, rigidité, trismus, collapsus, encombrement, hypersalivation avec apnée au stade final.

Les troubles hématologiques comportent purpura et hémorragies au niveau digestif, bronchique, pulmonaire et urinaire. Les cas les plus graves s’accompagnent de complications respiratoires, cardiovasculaires et hépato-rénales. Il apparaît généralement alors un coma profond et la mort survient le plus souvent au cours d’une crise tétaniforme.

Les signes biologiques peuvent mettre en évidence une élévation de l’urémie, une protéinurie et une hématurie positive et une oligurie traduisant une insuffisance rénale aiguë évoluant vers l’anurie. On observe aussi une hypoglycémie profonde difficilement réversible, une élévation très importante des enzymes hépatiques signant l’importance de la cytolyse hépatique.

Comment prendre en charge une intoxication au chardon à glu ?

En absence d’antidote spécifique, le traitement ne peut être que symptomatique et évacuateur. L’évacuation digestive doit être effectuée le plus précocement possible par lavage gastrique, vomissements provoqués, administration de charbon activé et accélération du transit intestinal.

Le traitement symptomatique, à instaurer toujours en priorité, comporte la perfusion de solutions de glucose à 5 ou 10 %, le contrôle des troubles respiratoires, le maintien d’une diurèse supérieure à la normale et l’administration de facteurs de coagulation.

Malgré cette réanimation symptomatique le pronostic reste sombre dans les cas d’intoxications graves.

Références

1- Skalli et al. (2002).L’intoxication par le chardon à glu (Atractylis gummifera L.) ; à propos d’un cas clinique. Bulletin de la Société de Pathologie Exotique 95 (4): 284-286.

2- Samir Ahid et al. (2012).Atractylis gummifera : de l’intoxication aux méthodes analytiques. Annales de Biologie Clinique 70 (3) : 263-268.

3- Daniele C et al. (2005). Atractylis gummifera L. poisoning: an ethnopharmacological review. Journal of Ethnopharmacology.97(2):175-181.

 

 

 

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