Graviola

Le graviola, c’est quoi ?

Le graviola (Annona muricata L.), appelé aussi corossolier, est un arbuste persistant de la famille des Annonaceae. Il peut atteindre jusqu’à 9 m de hauteur. Ses feuilles sont oblongues à ovales, alternes, courtement pétiolées, épaisses et luisantes sur la face supérieure. Les fleurs, qui peuvent apparaître sur les branches ou le tronc, sont solitaire, à 6 pétales de coloration jaune: Les 3 pétales internes sont plus petites que les 3 pétales externes. Le fruit (corossol), qui possède la forme d’un cœur, est hérissé d’épines souples et il pèse de 1 à 3 Kg selon les variétés. Sa couleur varie du vert sombre pour le fruit immature au jaune vert à maturité. La chaire de ce fruit est comestible avec un gout sucré et acidulé contrairement aux graines contenus dans ce fruit. Ces graines sont noires, ovales et dures.

Planche botanique de graviola
Planche botanique de graviola (Annona muricata L.)

Le graviola est originaire de l’Amérique centrale. Après sa dissémination à travers les tropiques, il est très répandu, en zone subtropicale en Amérique du Nord, Centrale et du Sud, au niveau des plaines africaines (Cameroun, Kenya, Gabon, Nigeria, Sénégal…), les îles du Pacifique et dans le Sud-Est asiatique.

Quelles parties du graviola utiliser ?

Chez le graviola, on peut utiliser les feuilles et les graines afin de soigner différentes pathologies. La composition chimique de différents organes a été largement étudié: plus de 200 métabolites primaires et secondaires ont été isolés à partir de ces organes. On trouve principalement des acétogénines, des alcaloïdes et des composés phénoliques.

Les acétogénines sont des métabolites secondaires caractéristiques des Annonaceae. Ces sont des composés lipophiles à longues chaînes qui dérivent d’acides gras. L’annonacine est l’acétogénine majoritaire de cette plante et elle surtout abondante dans les graines.

Le graviola contient surtout des alcaloïdes de type isoquinoleïque, protoberberinique et aporphinoïque. L’alcaloïde majoritaire des différentes parties de la plante (écorce, feuilles, fruit) semble être la réticuline. On trouve aussi d’autres alcaloïdes tels que l’annomuricine et l’annomurine.

On trouve également des composés phénoliques dans les feuilles et les fruits du graviola. Ces composés phénoliques sont les acides phénols (acide chlorgénique, acide cafféique, acide coumarique…) et les flavonoïdes notamment les hétérosides de kampférol et les hétérosides de quercétine. Enfin, certaines études ont mentionné la présence des cyclopeptides dans les graines et des composés terpéniques volatils qui forment l’huile essentielle des feuilles de graviola avec le β-caryophyllène comme composé majoritaire.

Quels sont les bienfaits du graviola ?

Dans les pays d’origine de graviola, on utilise les feuilles et les graines de cette plante en médecine traditionnelle pour la prise en charge de différentes pathologies. Les graines, à cause de leur grande toxicité, ne sont utilisées que par voie externe pour le traitement de dermatoses notamment la leishmaniose cutanée. Les feuilles sont plus couramment utilisées pour leurs propriétés sédatives, astringentes, tonicardiaques et antidiarrhéiques.

En occident, le graviola est commercialisé, de façon intensive surtout ces dernières années, comme étant un anticancéreux. L’intérêt pour cette plante et plus précisément ses feuilles pour le traitement du cancer vient suite aux différentes études in vitro et in vivo qui ont donné des résultats intéressants. En effet, l’extrait de feuille de graviola était capable d’induire l’apoptose (mort cellulaire) des cellules cancéreuses alors qu’on sait que parmi les principales causes de la cancérogenèse (formation du cancer) est l’incapacité des cellules à exécuter l’apoptose pour supprimer les cellules cancéreuses. Cette action antiproliférative des extraits de feuilles est probablement due aux acétogénines et on la trouve avec différents types de cancer tels que le cancer de sein, le cancer de prostate, le cancer colorectal, le cancer de foie et le cancer de pancréas.

Ces résultats intéressants des études in vitro et in vivo ne sont pas jusqu’à maintenant confirmé par des études cliniques sur l’Homme. Le faible nombre d’études cliniques réalisées est expliqué par la toxicité des acétogénines présents dans les différents parties de la plante. Ces mêmes acétogénines sont probablement les métabolites secondaires responsables de l’action cytotoxique et antiproliférative du graviola vis à vis des cellules cancéreuse.

Pour conclure, dans l’état actuel des connaissances, il est n’est pas prudent d’utiliser le graviola pour traiter le cancer ou même comme traitement adjuvant à la chimiothérapie anticancéreuse. D’une part, il n’ y a pas des essais cliniques randomisés et en double aveugle sur des patients atteints de cancer qui montre l’efficacité de cette plante. D’une autre part, la toxicité des acétogénines présents dans les graines et les feuilles de graviola limite l’utilisation de cette plante en phytothérapie (voir Quelles précautions prendre avec le graviola).

Comment utiliser le graviola ?

Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de proposer des recommandations quantitatives précises sur la façon d’utiliser le graviola. Mais à titre indicatif, il faut savoir que les feuilles de graviola sont utilisé en médecine traditionnelle sous forme d’infusion ou de décoction à raison d’environ 4 feuilles par tasse d’eau.

Quelles précautions prendre avec le graviola ?

Un lien entre la consommation du graviola et la survenue de syndromes parkinsoniens atypiques en Guadeloupe a été suggéré par l’équipe du CHU de Pointe-à-Pitre. En plus, des études sur modèles animaux et cellulaires ont mis en évidence une neurotoxicité avérée de l’annonacine (acétogénine majoritaire du graviola), et une cytotoxicité des alcaloïdes isoquinoléiques.

Selon, l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments): « les préparations à base de graviola devraient faire l’objet d’une attention particulière au regard du risque d’extraction de composées toxiques ».

Références

1- Soheil Zorofchian Moghadamtousi et al. (2011). Annona muricata (Annonaceae): A Review of Its Traditional Uses, Isolated Acetogenins and Biological Activities. International Journal of Molecula Science 6: 15625-15658

2- Aidy Irman Yajid et al. (2018). Potential Benefits of Annona muricata in Combating Cancer: A Review. Malays J Med Sci. 25(1):5–15.

3- AFSSA. (2010). Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif aux risques liés à la consommation de corossol et de ses préparations.

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