Pavot somnifère

Le pavot somnifère, c’est quoi ?

Le pavot somnifère (Papaver somniferum L.), appelé aussi pavot à opium, est une plante annuelle de la famille de Papaveraceaee. Sa tige principale est dressée et peut atteindre jusqu’à 1,5m de hauteur. Ses feuilles sont alternes et glabres: celles de la base sont pennatiséquées alors que celles du sommet sont dentées. Les fleurs du pavot somnifère sont solitaires à pétales blanches, rouges ou violacées. Le fruit est une capsule de dimension et de forme variables qui contient des graines.

Planche botanique de pavot somnifère
Planche botanique du pavot somnifère (Papaver somniferum L.)

Il y a 3 variétés de pavot somnifère classées selon l’aspect et la couleur des graines et des fleurs :

  • variété nigrum : pavot noir
  • variété glabrum : pavot pourpre
  • variété album : pavot blanc

Le pavot à opium n’existe pas réellement à l’état sauvage et son origine géographique est mal connue. Il s’agit d’une plante cultivée qui a une relation étroite avec l’Homme puisque sa diffusion aurait grandement bénéficié des migrations humaines.

Depuis 1961, la culture de pavot se fait sous le contrôle de l’organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) qui est l’organe indépendant responsable de la mise en œuvre des conventions de l’ONU sur les drogues. Le pavot est cultivé légalement dans une vingtaine de pays (dont l’Inde, la Turquie, la France, l’Espagne, l’Australie…) pour la production de la morphine pharmaceutique. Tous ces pays produisent la morphine à partir de la paille de pavot, à l’exception de l’Inde qui la produit à partir de l’opium.

Les principaux lieux de production illicite d’opium en Asie sont le croissant d’or (Afghanistan, Iran et Pakistan) et le triangle d’or (Laos, Birmanie et Thaïlande). L’Afghanistan est le premier producteur mondial d’opium depuis 1991 (jusqu’à 9000 tonnes d’opium brut en 2017).

Quel est le statut légal du pavot somnifère ?

L’opium (le latex de la capsule) et la paille de pavot (toutes les parties de la plante à l’exception des graines) sont considérés comme des produits stupéfiants par la convention unique sur les stupéfiants de 1961 qui a remplacé la convention internationale de l’opium de 1912. La culture est autorisée exceptionnellement pour des fins thérapeutiques tel que la culture pour la production de la morphine à usage médical.

Quelles parties du pavot somnifère utiliser ?

On utilise le pavot somnifère pour l’extraction de ces alcaloïdes notamment la morphine soit à partir de l’opium, soit à partir de la paille de pavot. Il faut noter que les graines du pavot ne contiennent presque pas des alcaloïdes.

Opium 

Pour la production de l’opium, les graines de Papaver somniferum sont semées à la fin de l’automne. La floraison a lieu en avril-mai et les capsules, au nombre de 6 à 8 par pied, sont formées en mai-juin.

La collecte du latex se pratique lors de la maturation des capsules, marquée par un changement de couleur (jaunissement), et avant leur dessèchement :

  • Les capsules sont incisées (incision simple ou multiple), une à une.
  • Le latex blanc qui s’écoule, coagule et brunit rapidement.
  • Le matin suivant, les écoulements sont recueilli par raclage.
  • Après plusieurs jours de séchage (humidité résiduelle de l’ordre de 10%), le produit est façonné en blocs.

Le produit obtenu est l’opium: C’est une pâte de couleur brun-noir, brillante, de saveur piquante et amère, d’odeur caractéristique et de consistance variable (devient cassante est dure après séchage).

Paille de pavot

La mise au point de procédés d’extraction directes à partir des capsules avec un rendement satisfaisant et l’amélioration des variétés productrices a permis d’envisager l’extraction des alcaloïdes sans passer par l’opium.

Il existe deux possibilités de récolte:
– Récolte à maturité complète, lorsque les capsules sont desséchés.
– Récolte en vert, avant la maturation. Ce pavot est riche en alcaloïdes mais doit être déshydraté rapidement.

Comment utiliser le pavot somnifère ?

Pour l’usage récréatif, on utilise l’opium et ses dérivés. L’opium peut être fumé à l’aide d’une pipe ou sous forme d’une cigarette, mélangé à du tabac ou même à du cannabis. L’opium peut aussi être ingéré par voie orale, tel qu’il est : Cette pratique était populaire dans le milieu des intellectuelles occidentaux d’où le livre ” Confessions d’un mangeur d’opium anglais ” de l’écrivain anglais ” Thomas de Quincey ” en 1822. L’usage de préparations médicamenteuse à base d’opium, dans un but récréatif, était très fréquent avant leur interdiction: Parmi les préparations les plus populaires il y a :

  • L’élixir parégorique: Solution buvable pour le traitement de la diarrhée à base d’opium, acide benzoïque, anis et camphre
  • Le laudanum: Solution buvable qui possède un effet analgésique puissant, à base d’opium et de safran.

Actuellement, les toxicomanes utilisent les dérivés de l’opium notamment l’héroïne. L’héroïne (diacétyl-morphine) est fabriquée par hémisynthèse à partir de la morphine isolée de l’opium. L’héroïne est surtout utilisée par voie intraveineuse (en solution) ou sniffée (en poudre fine).

Quels sont les constituants du pavot somnifère ?

Le pavot somnifère contient essentiellement des alcaloïdes. Ces alcaloïdes peuvent constituer jusqu’à 20% de l’opium. Les principaux alcaloïdes du pavot sont les morphinanes (appelés aussi opiacés) tels que la morphine, qui constitue l’alcaloïde majoritaire (10 à 12%), la codéine et la thébaïne. On trouve également d’autres alcaloïdes comme la papavérine et la noscapine (narcotine).

Il existe plusieurs procédés pour l’extraction des alcaloïdes de pavot. Le procédé classique de Grégory-Robertson est le précédé le plus connu.

Quels sont les effets du pavot somnifère ?

Les alcaloïdes de l’opium agissent en se fixant sur les récepteurs opioïdes (récepteurs mu, kappa, delta), d’où leur appellation ” les opiacés “. Ces opiacés miment les effets des opioïdes endogènes qui sont les enképhalines, les endorphines et les dynorphines.

Les effets psychiques induits par les opiacés dépendent de la voie d’administration, de la quantité utilisée et du produit lui même. L’héroïne injectée ou l’opium fumé procurent quasiment instantanément à l’individu une sensation de plaisir intense très proche de l’orgasme sexuel (un “rush”), un état de relaxation intense, une insensibilité totale à la douleur et une difficulté de coordination des mouvements. C’est ne pas le cas suite à l’ingestion orale de l’opium qui procure surtout un effet analgésique qui s’installe lentement.

En plus de leurs effets psychiques, les opiacés sont connus pour avoir des  actions somatiques notamment la dépression respiratoire et la diminution du tonus des fibres lisses et l’augmentation du tonus des sphincters qui causent la constipation et la rétention urinaire.

Certains alcaloïdes de l’opium possèdent des effets spécifiques tel que la codéine qui possède un effet antitussif et la papavérine qui a un effet antispasmodique qui est responsable de la relaxation des fibres musculaires lisses surtout au niveau des vaisseaux des territoire cérébrale.

L’opium et ses dérivés sont des produits stupéfiants qui cause une dépendance physique et psychique ainsi qu’un phénomène de tolérance (il faut toujours augmenter la dose pour avoir le même effet). L’arrêt brutal de la consommation de ces produits provoque un syndrome de sevrage caractérisé par des sueurs, des larmoiements, des algies musculaires et articulaires, une agressivité, une mydriase, des hallucinations, de l’anxiété, des insomnies, vient ensuite des diarrhées et une tachycardie. .

Références

1- Jean Bruneton. (2009). Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. Lavoisier. 4éd. 1292 pages.

2- Oelhaf RC. et al. (2018). Heroin Toxicity. StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL).

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