Éphédra

L’éphédra, c’est quoi ?

Les espèces du genre éphédra (Ephedra spp.) sont des petits arbustes persistants de la famille d’Ephedraceae. Elles sont presque toujours dioïques avec des petites fleurs mâles groupées en chatons jaunâtres et des fleurs femelles ovales et subsessiles. Les tiges filiformes sont très ramifiées et articulées avec des nombreux nœuds. Ces tiges portent des feuilles réduites à des écailles membraneuses. Les fruits sont des akènes ovoïdes entourés de bractées charnues de couleur rouge lorsqu’ils sont mûrs.

Planche-botanique-Ephedra
Planche botanique de l’Ephedra spp.

Le genre Ephedra regroupe plusieurs espèces réparties sur plusieurs régions du monde : les espèces les plus riche en éphédrine sont E. sinica « Ma-Huang » et E. equisetina en Chine et E. intermedia et E. gerardiana , originaires de l’inde et du Pakistan. En bassin méditerranéen, on peut rencontrer l’E. major, E. distachya et E. alata, E. altissima

Quelle est la partie toxique de l’éphédra ?

La partie aérienne constitue la partie toxique de l’éphédra. Elle contient l’éphédrine qui est l’alcaloïde majoritaire de cette plante (40 à 90% des alcaloïdes totaux). C’est un proto-alcaloïde (l’azote n’est pas inclus dans un hétérocycle) de type phényléthylamine dont la teneur est variable en fonction de l’espèce (0,5 à 2 %). L’éphédrine est accompagné de la pseudoéphédrine et des dérivés nor et N,N-diméthyl correspondants.

Comment survient l’intoxication à l’éphédra ?

L’intoxication survient généralement lors de l’utilisation de l’éphédra sous forme de tisane ou sous d’une autre forme galénique pour ses propriétés thérapeutiques. En effet, l’éphédra est utilisée depuis longtemps en médecine traditionnelle chinoise pour le traitement des pathologies respiratoires comme l’asthme et les bronchites.

Les sportifs utilisent également l’éphédra depuis les années 70, date de l’interdiction des amphétamines, pour ses propriétés analogues à celles des amphétamines à savoir l’effet stimulant, l’augmentation de la confiance en soi et de l’agressivité, l’atténuation de la sensation de fatigue et la facilitation de la respiration lors de l’effort physique. Il faut noter que selon le code mondial antidopage (liste des interdiction 2010), “l’éphédrine et la méthyléphédrine sont interdites quand leurs concentrations respectives dans l’urine dépassent 10 microgrammes par millilitre”.

Notre plante connait actuellement un grand succès comme étant une plante amaigrissante grâce à son effet “coupe-faim”. Certaines personnes pensent à tort que l’éphédra possède une activité anticancéreuse. En effet, aucune étude clinique sérieuse n’est en faveur de cette indication.

Quels sont les effets de l’éphédra ?

L’éphédrine contenu dans la partie aérienne de l’éphédra est responsable des ses propriétés pharmacologiques. En effet, l’éphédrine est un sympathomimétique indirect, structuralement proche de l’adrénaline, qui provoque la libération des catécholamines endogènes des fibres sympathiques post-ganglionnaires. Cela va stimuler l’automatisme cardiaque en exerçant une activité inotrope positive, élever la pression artérielle par vasoconstriction périphérique, accélérer les mouvements respiratoires et augmenter leur intensité tout en provoquant une bronchodilatation.

L’éphédrine grâce à son caractère lipophile va franchir la barrière hémato-encéphalique et induire une action psychostimulante de type amphétaminique. En effet, il va stimuler l’attention et la capacité de concentration, diminuer la sensation de fatigue et du besoin de sommeil.

Malgré toutes ces propriétés pharmacologiques très bénéfiques sur le plan thérapeutique, j’ai classé l’éphédra dans la catégorie de plantes toxiques. En effet, l’utilisation de cette plante en phytothérapie présente un énorme risque qui peut mettre en jeu la vie du patient. L’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a émis le 8 octobre 2003 une décision mentionnant que ” …La prescription, la délivrance et l’administration à l’Homme de la plante Ephédra ou Ma Huang sont interdites”. De même la FDA (U.S. Food and Drug Administration) a interdit en décembre 2003 la vente de tout complément alimentaire contenant l’éphédra ou l’éphédrine.

Lors des intoxications à l’éphédra, des signes cliniques de type fatigue, nausées, douleurs abdominales et ictère sont souvent rencontrés. La toxicité des espèces du genre Ephedra touche plusieurs organes notamment le cœur, le système nerveux central, le foie et les reins. La toxicité cardiaque se manifeste par une augmentation de la pression artérielle, l’apparition des palpitations et des troubles du rythme cardiaque. Il y a même des cas de mort subite qui ont été rapportés suite à un infarctus de myocarde ou un accident vasculaire cérébral chez des patients ayant consommé l’éphédra ou l’éphédrine.

Des troubles neurologiques allant de la céphalée aux convulsions se sont aussi manifestés chez les utilisateurs de l’éphédra.

Notre plante est également hépatotoxique. En effet, plusieurs cas rapportés d’hépatites sévères, d’exacerbations fulminantes d’hépatites auto-immunes et d’insuffisances hépatiques aiguës mortelle ou ayant nécessité une transplantation hépatique d’urgence ont été associés à l’ingestion d’Ephedra.

Concernant la néphrotoxicité de l’éphédra, un laboratoire spécialisé dans l’analyse des calculs rénaux, a identifié plus de 200 calculs rénaux composés d’éphédrine et de ses métabolites. En plus, plusieurs cas de lithiases rénales ont été rapportés chez les « bodybuildeurs » prenant la Ma-huang comme énergisant. Ces lithiases étaient composées de l’éphédrine, de la noréphédrine et la pseudoéphédrine. Le mécanisme exact de la formation de ces lithiases n’est pas encore élucidé.

Références

1-National Institut of Health. (2018). Ma Huang (Ephedra sinica). Clinical and Research Information on Drug-Induced Liver Injury (LiverTox).

2- Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). (2003). EPHEDRA / MA HUANG et EPHEDRINE : décision du 8 octobre 2003

3- Powell T, Hsu FF, Turk J, Hruska K. (1998). Ma-huang strikes again: ephedrine nephrolithiasis. Am J Kidney Dis: 32(1):153-9.

4- May Yen et al. (2012). Toxicity of Weight Loss Agents. Journal of Medical Toxicology 8(2): 145–152.

5- Jean Bruneton. (2009). Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. Lavoisier. 4éd. 1292 pages.

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