Pervenche de Madagascar

La pervenche de Madagascar, c’est quoi ?

La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus G. Don), appelée aussi pervenche tropicale ou pervenche rosée, est un sous-arbrisseau vivace de la famille des Apocynaceae. Elle est d’odeur désagréable et peut atteindre jusqu’à 1 mètre de hauteur. Ses feuilles luisantes sont entières, opposées et généralement arrondies au sommet. Ses fleurs, à 5 pétales, sont de couleur blanche à rose foncée avec un centre rouge sombre. Le fruit est une paire de follicules, pubescents, de 2 à 4 cm de long.

Planche botanique de Pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus G. Don)

La pervenche de Madagascar est une espèce endémique de Madagascar. Elle pousse aussi bien dans les zones humides que dans les zones sèches, du niveau de la mer jusqu’à 1 500 mètres d’altitude. Elle est actuellement cultivée et naturalisée sous les tropiques.

Quelles parties de la pervenche de Madagascar utiliser ?

En plus d’être une plante ornementale, la pervenche de Madagascar est une plante médicinale. Les parties aériennes notamment les feuilles sont le support des propriétés thérapeutiques de notre plante.

Les parties aériennes sont riches en alcaloïdes (jusqu’à 1%). Il s’agit d’alcaloïdes indolo-monoterpéniques qui se répartissent en deux groupes:

  • Les monomères 

Ce sont des molécules à une vingtaine de carbones, qui sont dénuées d’activité anticancéreuse. On distingue principalement la catharanthine (alcaloïde monomère à noyau indolique) et la vindoline (alcaloïde monomère dihydroindolique).

  • Les dimères 

Ce sont des molécules formées par l’union de 2 monomères indolo-monoterpéniques. Elles possèdent une action anticancéreuse. On distingue principalement la vinblastine (vincaleucoblastine ou VLB) et la vincristine (leurocristine ou VCR).

Quels sont les bienfaits de la pervenche de Madagascar ?

Les parties aériennes de la pervenche de Madagascar sont réputées en médecine traditionnelle malgache comme possédant des propriétés antidiabétiques. Au début des années 1950, des équipes scientifiques américaines et canadiennes, en essayant de confirmer ces propriétés antidiabétiques, ont découvert le pouvoir cytotoxique de cette plante. Quatre alcaloïdes furent isolés et identifiés : vinblastine, vincristine, vinléurosine, vinrosidine. Seuls les deux premiers présentent un intérêt clinique ; On a ainsi découvert les premiers antimitotiques poisons de fuseau: les vinca alcaloïdes. Il y adjoint trois dérivés semi-synthétiques : la vindésine, la vinorelbine et la vinflunine.

Ces agents antimitotiques se fixent spécifiquement sur la tubuline et inhibent sa polymérisation en microtubules. Ils empêchent ainsi la formation du fuseau permettant la migration des chromosomes et bloquent la division cellulaire à l’état de métaphase. En absence de fuseau, les chromosomes se dispersent au hasard à travers le cytoplasme, ce qui aboutit à la mort des cellules.

Les vinca alcaloïdes naturels et leurs dérivés semi-synthétiques

Les vinca alcaloïdes naturels

La vinblastine et la vincristine sont obtenues directement par extraction à partir des feuilles de la pervenche de Madagascar. Or, comme c’est souvent le cas lors des extractions naturelles, les rendements annoncés pour ces deux composés furent très faibles puisque de 6 à 10 g/tonne de plante sèche pour la vinblastine et de 0,5 à 1 g/tonne de plante sèche pour la vincristine.

Une équipe française a cherché, en 1974, a synthétisé ces molécules complexes grâce à une réaction chimique biomimétique, la réaction de Polonovski-Potier à partir de monomères naturels qui, eux existent en quantité appréciable dans la plante. Cette réaction s’est avérée pas assez rentable par rapport à l’extraction.

Vinblastine

La vinblastine est indiquée, seule ou en association, dans les lymphomes hodgkiniens et non hodgkiniens et dans les cancers du testicule, du sein, de l’ovaire, du rein et de la vessie, du sarcome de Kaposi et des choriocarcinomes et dans certains cas d’histocytose.

Elle est utilisée par voie IV stricte en raison de son effet nécrosant, à une dose initiale de 5 mg/m2 chez l’adulte sans dépasser la dose de 18 mg/m2 . Il faut réduire la dose de 50% quand la bilirubinémie est supérieure à 50 μmol/l.

La principale toxicité de la vinblastine est hématologique, avec une diminution fréquente mais transitoire des globules blancs (leucopénie), parfois des plaquettes, rarement des globules rouges. C’est la leucopénie qui est le facteur dose-limitant. Moins souvent que la vincristine ou la vindésine, la vinblastine présente une intolérance nerveuse (troubles des sensibilités des extrémités des membres), qui se corrige spontanément en quelques semaines après l’arrêt du traitement. On peut également observer d’autres troubles à savoir : nausées, vomissements, constipation, alopécie, dyspnée et céphalées.

Vincristine

La vincristine est indiquée dans beaucoup de maladies tumorales et dans certaines leucémies.

Elle est utilisée par voie intraveineuse stricte sans dépasser une dose totale de 2 mg par injection. Elle ne doit jamais être utiliser comme traitement de première intention et, en l’absence de réponse après 3 à 6 semaines, il est inutile de poursuivre le traitement.

La principale toxicité de la vincristine est neurologique : paresthésies et troubles sensoriels, puis douleurs névritiques et difficultés motrices. D’autres effets indésirables peuvent être observés tels que la constipation, les nausées, les vomissements, la mucite, l’azoospermie, l’alopécie, la dyspnée et la leucopénie. On note aussi le risque de nécrose locale en cas d’extravasation.

Les vinca alcaloïdes obtenus par hémi-synthèse

Vindésine

La vindésine est un antimitotique puissant. Commercialisé sous forme de sulfate, elle est indiquée dans le traitement des Leucémies aiguës lymphoblastiques et lymphomes réfractaires à d’autres agents cytostatiques. Certaines tumeurs solides sont également des indications tels que les cancers du sein, d’œsophage, des voies aéro-digestives supérieures et le cancer broncho-pulmonaire. Elle est injectée par voie IV stricte à la dose de 2 à 4 mg/m2 .

La principale toxicité de la vindésine est hématologique qui se manifeste notamment par une granulopénie dose-dépendante. Les effets indésirables sont principalement des effets gastro-intestinaux identiques à ceux provoqués par les vinca alcaloïdes naturels (nausées, vomissements), des effets neurologiques (moins marqués que ceux induits par la vincristine) d’apparition progressive et réversible en plusieurs semaines à plusieurs mois. D’autres effets indésirables peuvent être observés tels que une alopécie réversible, une perte de poids, des dyspnées et un bronchospasme. Comme c’est le cas de la vincristine et la vinblastine, la vindésine présente le risque d’irritation voire de nécrose locale en cas d’extravasation.

Vinorelbine

La vinorelbine est un cytotoxique de la famille des vinca-alcaloïdes obtenu par hémisynthèse. Les indications de la vinorelbine sont limitées au traitement du cancer bronchique non à petites cellules et à celui du cancer du sein métastatique.

La vinorelbine est utilisée en perfusion IV stricte à la dose de 25 à 30 mg/ m2 par semaine. Elle est utilisée aussi par voie orale mais elle est indiquée seulement en monothérapie.

La vinorelbine, semble moins neurotoxique, mais plus hématotoxique avec une granulopénie dose-dépendante et une anémie. On peut également observer d’autres troubles à savoir : nausées, vomissements, constipation, alopécie.

Vinflunine

La vinflunine est une molécule bifluorée, très proche de la vinorelbine, obtenue par synthèse. Elle se fixe de manière réversible aux microtubules avec une faible affinité et une activité antitumorale importante avec un index thérapeutique large et une chimiorésistance induite plus tardive. Elle est utilisée dans le traitement du carcinome urothélial à cellules transitionnelles avancé ou métastatique, après échec d’un traitement préalable à base de platine.

Sa principale toxicité est hématologique avec une neutropénie, une anémie sévère et une thrombocytopénie sévère. En outre de sa toxicité hématologique, la vinflunine peut entraîner une constipation sévère.

Références

1- I. Zakariya et al. (2017). LES ALCALOÏDES ANTICANCEREUX DE LA PERVENCHE DE MADAGASCAR. Journal Marocain des Sciences Médicales 21 (1).

2- Jean-Etienne CHABRIER. (2000). MOLECULES CYTOSTATIQUES D’ORIGINE NATURELLE, SITUATION ACTUELLE, PERSPECTIVES D’AVENIR. Thèse pour obtenir le Diplôme d’Etat de Docteur en Pharmacie. UNIVERSITE HENRI POINCARE – NANCY 1.

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